mardi 20 septembre 2011

Triathlon La Baule 2011


Dernier triathlon de la saison, et premier triathlon dans la mer, que dis-je dans l'océan pour Jean-Félix, Philippe et moi. Arnaud était là également, sur le triathlon Découverte (le petit tri quoi) mais ça ne compte pas pour lui car il a déjà eu son baptême d'eau de mer à l'Ironman de Nice.
Philippe, Sébastien et J-Félix

Format Olympique : 1,5 km de nat / 40 km de vélo /10 km de run -> direction la côte nantaise pour ce triathlon qui accueil également les finales sprint du Grand Prix de France de triathlon. Le spectacle y est assuré notamment pas les frères Brownlee qui font toujours (ou presque) premier et deuxième.

Mais assez parlé des pros, parlons de nous et du team SFR. Grande première donc de nous retrouver sur la plage, face à l'océan au coude à coude avec 1200 autres triathlètes.
Bonnets roses, combi noires, bouées jaune, mer bleue, spectacle magnifique.

Le temps est suspendu le sac et le resac nous berce, le calme avant la tempête... soudain le coup de feu retenti et c'est parti, 1200 enragés partent à l'assaut de vagues et ça fait de la mousse !

Finalement, le départ sur la plage a son charme et surtout ça ne bastonne pas dans l'eau, bon je ne dis pas que je ne suis pas monté sur le dos d'un ou deux gars, et vice versa, mais dans l'ensemble ça reste calme, pas comme à Pont Audemer notre premier tri de la saison...
Pour autant n'allez pas croire que c'était le bain de mer dominical de papi/mamie, la nage sur un triathlon c'est toujours un grand moment de fraternité sportive...
Bref je nage, ça remue un peu, les vagues ne sont pas immenses, mais l'océan n'est pas une mer d'huile non plus. Je fends les vagues, je bois la tasse... Surtout ne pas paniquer, chercher à reprendre de l'air sans ralentir (sinon je me fais monter dessus). Je prends sur moi, je me reconcentre sur une relative belle glisse, je cherche le geste qui économise... ça y est, c'est bon tout refonctionne correctement 1..2...respire...1..2...respire...1..2..

Je passe l'embouteillage à la bouée : la première est la plus compliquée à négocier ; ensuite le troupeau (ou plutôt le banc) s'étire, on peut prendre son rythme, revenir à un crawl en trois temps, glisser dans l'eau fendre la houle, quelle sensation !
Allez c'est la dernière ligne droite... dernière bouée... dernier virage voici la plage. Remontée sur la promenade, et voici le parc à vélo, le parc est immense et le temps que je reprenne mes esprits je passe mon vélo sans le voir...demi tour !

En avant ! Pour 40 km de vélo qui passent d'autant plus vite que le drafting est autorisé (cela veut dire que l'on peut rouler en pack et profiter de l'effet d'aspiration en "suçant" la roue du vélo de devant). Ce qui n'est pas plus mal car si le soleil est présent, Éole s'est invité...dans le dernier tour je me colle avec trois autres gars et nous nous relayons jusqu'au retour au parc, l'effet d'aspiration est bluffant !
Séb 
Félix
Philippe avant de chuter violemment à vélo
Retour sur la promenade... voici l'arbitre... pieds à terre et en avant jusqu'à mon emplacement où je chausse mes runnings.

Plus que 10 km à courir au bord de la plage et c'est terminé. Mon Félix me reprend au bout d'1,5 km ... ah ah c'est pas encore sur ce coup là qu'il m'aura sur vélo ... j'en profite car quand il saura nager sans ses brassards ce sera une toute autre histoire !


Tape amicale, on aura encore l'occasion de se croiser 3 fois sur le parcours en aller /retour sur la jetée, de se toper la main et de s'encourager.
Allez, c'est le dernier kilomètre, petite accélération portée par les acclamations du public venu en masse ce dimanche et c'est la fin de ce superbe triathlon.

Triathlon La Baule 
1,5 km
40 km
10 km
Nom
Place
Temps Total
Tps natation
Tps vélo
Tps run
CHEVASSU J-FELIX
143
02:27:20
00:38:52
01:11:17
00:37:12
TRUBLIN SEBASTIEN
276
02:33:17
00:33:49
01:14:35
00:44:54

Triathlon La Baule Découverte
700 m
20 km
5 km
Nom
Place
Temps Total
Tps natation
Tps vélo
Tps run
BIHANNIC ARNAUD
151
01:15:41
00:17:17
00:39:59
00:18:26

samedi 10 septembre 2011

UTMB 2011, le récit de Ben.


UTMBééééééééééééééééé !!! (à dire en beuglant un bon coup !).

Enfin, voilà mon CR de The North Face Ultra Trail du Mont Blanc 2011, un trail running de 167 km (porté à 170 kms) pour 9500 m de D+.

Retour en Janvier 2011, j’ai la chance d’être tiré au sort pour participer à cette course mythique, dès cet instant, l’objectif de l’année 2011 devient naturellement et instantanément ce fameux WE de la fin août.

Autant dire que l’entraînement va être axé sur des sorties natures, des montées, des descentes, des courses préparatoires orientées trail.

Pour être complet, je séquence mon année en deux quadrimestres (janv-avril & mai-15 août). Le premier quadrimestre est perturbé par une tendinite tenace qui me tiendra éloigné de mes objectifs liés à la VMA, mais j’arrive quand même à « enquiller » 900 km, avec un Ecotrail (80 km) et un marathon de Paris. Le deuxième quadrimestre est totalement trail, avec une montée en charge à hauteur de 1200 km sur 3 mois et demi, et 3 trails recensés : Ardéchois (57 km), Annecimes (81 km) et Trail des Moulins (50 km).
Sauf qu’à Paris, il n’y a pas de montagne, ça induit des séances pas super fun, avec beaucoup de répétitions montées – descentes, l’apprentissage des bâtons (un peu ridicule quand vous traversez Issy-les-Moulineaux les bâtons à la main…), et un horizon limité à la forêt de Meudon, Parc de St-Cloud, mais bon, c’est le prix à payer pour relever ce gros, très gros challenge.

Tout ça nous amène au mois d’août… Mon copain Nono (Arnaud) me servira de sherpa lors de cet ultra-trail. Après une année monstrueuse pour lui sportivement parlant (2 x Ironman, plusieurs Tri, ultra trail, marathon, etc…), il sera de la partie à Chamonix.

Mercredi 24 août : Gare de Lyon 7h00 du mat’, grand départ pour Genève, l’équipe est à l’heure (Jeff sur la CCC – 93 km au programme, Nono & moi) avec le paquetage.
Voyages sans encombres, nous arrivons en Suisse puis transfert vers Cham’ pour le premier contact avec l’UTMB : le dossard…

C’est déjà quelque chose, car les coureurs de toutes les courses ont rendez-vous au même endroit pour retirer leur précieux sésame. Imaginez un grand hall, avec une file d’attente façon Disneyland, vous vous croyez arrivés, mais non, ça bifurque, ça tourne, bref, allez, après 1h30 d’attente, contrôle du matos.

Suite à des évènements malheureux sur d’autres trails, le matos obligatoire a été renforcé et fortement contrôlé pour ma part (pas Jeff et sa bouille de winnie l’ourson). Bien que l’on soit tous sceptique sur l’ensemble du matos à transporter (parce que c’est lourd et que l’on cherche à minimiser le poids sur 35 – 40 h d’effort), l’organisation avait raison, les conditions météo à venir valideront ces choix.

Ces formalités effectuées, me voilà avec le sésame et le tee shirt des réjouissances :
Pour faire court, le programme du mercredi après-midi à vendredi soir (heure de départ) sera rythmé par… de la glande totale.

Notre seule préoccupation à Nono et moi, c’est de se reposer et de manger des pâtes, allons-y pour les DVD, L’Equipe, la sieste, et les restos pour des pâtes donc, sous toutes les formes et avec toutes les sauces. Sans oublier la photo avec la star interplanétaire du trail : King Kilian !

Le vendredi 26 sera rythmé par le changement d’horaire du départ et par un œil attentif à la météo.
On se pose pas mal de questions quant à savoir si le parcours va être modifié ou non, rallongé ou raccourci, c’est un peu le désert en terme de communication, et ça cogite…

De 18h30 initialement, le départ se trouve repoussé à 23h30 afin que l’on passe après l’orage, mais pendant la pluie quand même, trop facile sinon ! Avec en plus, de la neige dès la première grosse montée en altitude, autant dire que la première nuit, on va prendre cher…
Photo des fidèles chevaliers au moment de quitter une chambre d’hôtel où il fait chaud et sec, match du Barça à la téloche, lit confortable, tandis que dehors c’est l’apocalypse !

Direction le gymnase afin d’y poser le sac d’allègement où nous avons mis des affaires sèches, de la nourriture, un peu de pharma, bref, tout ce qui peut nous servir ou pas à mi-course.

Puis, afin d’être placés devant sur la ligne de départ, nous rejoignons le sas, ~ 1 bonne heure avant le GO officiel. Ça passe vite, l’appréhension, la crainte, l’inconnue me gagnent. On se répète qu’il faut gérer, ne pas partir vite, bref, la check list de base sous la flotte avec la musique de Christophe Colomb dans les oreilles, qui est l’hymne de la course, en répétition.
23h30, top départ… petites foulées dans les rues de Cham’ sous les encouragements d’une foule compacte, hurlante, admirative devant ces coureurs de l’extrême.


Avec Nono, on reste ensemble, la tactique est simple, on gagne ensemble, on perd ensemble (jusqu’au changement de tactique après 30h de course, mais on y reviendra…), on ne se lâche pas à moins de 2 m. On chemine tranquillement (allez 12 km/h ~, p’têt 13 parfois) jusqu’à St Gervais (km 21).
Je ne me rappelle même plus avoir grimpé Délevret et ses 750 m de D+, j’ai l’impression d’avoir traversé un tunnel de 21 km, tellement je suis concentré sur la première difficulté : la Croix du Bonhomme, 2443 m d’altitude, il y a de la neige, montée praticable mais raide, il pleut toujours…
Mon premier gros test pour jauger mes jambes, mes ressources physiques et mon matos. Je suis attentif à tout ce que dit Nono, je me repose totalement sur lui et me cale sur ses pas. Il connaît, je ne connais pas, donc je ne fais pas le malin et je suis (du verbe suivre) le « pro ».

A mon grand étonnement, ça se passe bien, faut dire que je m’en suis fait une montagne (sans jeu de mot), et c’est passé ! Au sommet de la Croix du Bonhomme (km 45), c’est terrible, vue dominante sur les crêtes, le jour se lève, il y a des montagnes partout, je suis comme un gosse ébahi !

Mon pote a quelques soucis physiques, la tête tourne, le souffle court, une sorte de mal des montagnes qui le frappe dès que l’on atteint un certain niveau d’altitude (entre 2000 & 2500 m). On passe en mode pause, récupération, on ralentit, on marche sur les balcons du sommet avant d’entamer la descente des Chapieux. Ah cette fameuse descente, je repense aux conseils de Félix et de Nono, gaffe aux chevilles, cette descente est traître…
Effectivement, c’est moyennement praticable, il ne pleut plus (et à cette altitude, je devrais dire, il ne neige plus), mais le sol est assez boueux ce qui ne facilite pas les appuis.
Première erreur de ma part, dans l’euphorie de ma montée, je décide de tester la course sur cette partie pentue. Du fait de la boue, des racines, des pierres, je sollicite plus que de raison mes quadris… Sur le moment, je suis bien, je vole, je me retourne, j’attends Nono, et dès que la jonction est faîte, je repars tel un petit chamois…
Sauf qu’arrivé en bas de la montagne, 900 m de D- ramassé sur 5 km, je sens déjà les quadris qui tirent, et ça c’est très mauvais signe.

Nono n’est pas au mieux, le teint pâle, la tête qui tourne, mon sherpa n’y est pas. Et les réjouissances qui arrivent, montée au Col de la Seigne (km 60) à plus de 2500 m d’altitude n’est pas l’idéal pour récupérer.
En même temps, on le savait avant de venir, c’est un parcours exigeant, difficile, un truc de costaud !
Pour corser le tout, la montée au Col de la Seigne se fera sous une tempête de neige !
Après 55-60 km de course, le mental a été bien testé (voir entamé) et le physique a déjà été soumis à rude épreuve.
Avec Nono, on se projette sur Courmayeur distant de 18-20 km (ce qui équivaut à plusieurs heures de courses, on est en montagne, remember…). Nous sommes au petit matin, après une première nuit blanche et je commence à réaliser ce qu’est un ultra !
Une lutte de tous les instants avec les données suivantes : le corps les éléments météo, le mental, la montagne.
Vous avez des hauts, des bas que ce soit géographiquement par rapport à un col, ou bien vous-même dans votre « moi le plus profond » pour paraphraser un copain runner.

Ce monstre du Col de la Seigne enfin passé, on descend (on ne fait que ça là-bas, tu montes, tu descends direct, pour remonter, etc…) vers le lac Combal (km 65), magnifique paysage, il a arrêté de neiger, on se sent revivre !

On se reprend 500 m de D+ pour l’arrête du Mont Favre (km 69), avant une descente vers Courmayeur que j’imagine paisible, facile avec en ligne de mire le sac d’allègement et l’envie de faire un break salvateur.

C’est sans compter le piège vers lequel je me dirige tout droit, aveuglé par l’atteinte de Courmayeur dans les plus brefs délais.
Un point sur lequel je me dois d’être précis et qui sera également une des causes de ma perte, c’est le chrono.
Je m’y arrête quelques instants… En plus de finir l’UTMB (et c’est une autre erreur de ma part, je pensais que c’était acquis d’office de finir un truc pareil, vous avez raison, je suis barge !), on voulait avec Nono, claquer ça en 35h !
Donc pendant toute la course, je me suis focalisé sur ce 35h et mon rythme s’en est trouvé influencé notamment dans les descentes où j’ai « envoyé » quelques fois.

Come back dans la course, en haut de l’arrête du Mont Favre, 9 km de descente pour 1 200 m de D- s’annoncent à nous pour arriver en Italie à Courmayeur.
La 3ème erreur de ma course (la 1ère c’est la descente des Chapieux, la 2ème le chrono des 35h), c’est de courir plus que de raison.
Cette descente est terrible, avec des marches, des virages à angle droit, des racines, des pierres le tout dans une pente prononcée.

J’arrive à Courmayeur 5 min avant Nono, mais je suis fumé comme un saumon. Il est 14h le samedi midi et les cuisses sont cuites, courbatures, low battery, mental entamé. On en est au km78 et j’affiche une armada de clignotants rouges.

La pause d’1h10 ne sera pas salvatrice, j’ai eu beau me changer, l’énergie me manque et je repars en souffrance sous le soleil italien, pour un gros gros morceau : Bertone (km 82) !

4 km de montée, 800 de D+ sous un soleil de plomb, waouuuuuh
Là je morfle, mais je serre les dents, Nono semble revivre avec le soleil et prend un peu d’avance. On se retrouve un peu avant le sommet et on arrive ensemble, pfiouuu, quelle vue !!!!

Le Mont Blanc du côté italien, MAGNIFIQUE ! ça restera l’image de ma course, je vous fais partager ci-dessous cette vue :
Je reprends du poil de la bête en longeant les balcons de Bonatti et Arnuva, les 13 km à venir sont propices à la course et on remonte quelques concurrents avec Nono.
J’ai toujours mes douleurs aux quadris et je laisse une partie de mes dernières forces sur cette partie roulante, avant d’affronter un autre très gros morceau : le Grand Col Ferret (km 99) !

Nono me briefe, on y va tranquille, on est en fin d’après-midi, grosso-modo, on est dans le timing qui est de passer ce morceau avant la nuit.

Qui dit passage en altitude dit Nono qui a du mal à finir la montée, mêmes symptômes qu’au petit matin, tête qui tourne, souffle court, mal au ventre. Aie, ça le reprend, avec moi qui suis fumé, c’est un peu l’hécatombe à ce moment-là !
Les paysages sont déments, en tout état de cause, c’est sublissime de telles vues.
La fin de la montée se fait dans la brume, le froid, le vent, il ne faut pas traîner ici et redescendre rapidement vers La Peule, Ferret & La Fouly.
L’arrivée en Suisse est sévère, quand je quitterai ce pays, ce sera en car mais ça je ne le sais pas encore, même si je sens la fin inéluctable proche…

Nono a du mal à enchaîner la transition montée – descente, personnellement, je transite bien, mais pour pas longtemps. Il doit être vers les 20h, la nuit ne va pas tarder, et je ressens une grosse fatigue physique. On a atteint plus de 20 h de course, les conditions météo ne nous ont pas épargnées et il reste un peu moins de 70 km, avec la nuit qui arrive…
Je ne baille pas et je ne m’endors pas, mais je me surprends à tituber parfois, je ressens le poids de la fatigue sur les épaules et dans mes jambes.

La descente vers la Fouly (km 110) devient rapidement un chemin de croix pour moi, le début de nuit m’achève, en même temps que s’évanouissent dans le ciel étoilé mes dernières forces physiques et mentales.

Je me transforme petit-à-petit en zombie, je ne parle plus, et je sors mentalement de la course à chaque pas.
Je me dis que ça va passer, les fameux hauts et bas, sauf que dans mon cas, ça dure et ça se renforce.

A la Fouly, il reste 60 km, ce qui me semble inconcevable ! Nono essaie de me remonter le moral, mais c’est 2 jambes qu’il me faut et dormir !
On décide de repartir tout de même, c’est assez apocalyptique à la Fouly, il y a des coureurs allongés à même les bancs, ou en train de dormir assis à table, un vrai mouroir !

Après la Fouly, on s’enfonce dans la nuit noire, quasi pas de coureurs, personne, on fait un peu de ville, on longe une rivière, on se contente de suivre les balises (enfin moi, je suis Nono, j’ai débranché depuis un bout de temps).
J’ai l’impression que la course s’est arrêtée ! Je m’attendais à ce qu’il y ait de la montagne à gravir tout le temps, et le fait de passer dans des jardins publics, en pleine ville, me sors totalement de la course.
J’ai même le sentiment que l’UTMB fait une pause, je suis surpris qu’il faille continuer, comme je suis surpris de ne pas voir de coureur alors que le ravito était plein. Mais où sont-ils partis ?,  nous serions-nous perdus ?
Non car il y a les balises et Nono reconnaît les passages, je suis déstabilisé, en souffrance, proche de craquer mentalement, c’est-à-dire de m’arrêter là, plus envie de bouger, rentrer à Paris par tous les moyens.

Je cherche au plus profond de moi des motifs pour continuer, une moindre once de motivation, rien ne sort.
Je touche du doigt l’abandon, pour la première fois sur une course.

Tout ça nous emmène quand même à Champex-Lac (km 124), à peine arrivé je me dirige vers le pc course pour quérir des informations sur les abandons. Je ne franchis pas le pas grâce à Nono et à un massage bienfaiteur, où je suis à la limite de m’endormir sur la table, il est quelque chose comme 1h30 du mat’.

On repart, next step dans 13-14 km, une éternité qui prendra 4h à errer en ville, sur le bitume, à marcher car il m’est impossible de courir, à crapahuter dans un sous-bois, où mes muscles sont tétanisés, où j’ai envie de hurler ma souffrance. Ma décision est prise, à Martigny (km 137), je mettrai fin à tout ça.
Je passe rapidement sur ces 4 h les plus difficiles de ma vie de coureur, je n’ai pris aucun plaisir ainsi que globalement toute cette 2ème nuit (blanche même s’il fait noir de chez noir dehors).
C’est avec soulagement que j’arrive à ce ravito, illico, je remets ma puce à la fille du pc course, qui essaie de m’en dissuader, mais c’est mon dernier mot.
Je rends les armes, je veux arrêter ce supplice.

J’entends Nono me crier « nonnnn », mais je n’écoute pas, plus, c’est fini, je n’en peux plus, je suis vide, vide de mental, vide de physique.
Il s’en trouve vexé, et je le mets dans une sacrée galère, car il va finir en solo.
Je comprends tout à fait sa réaction, mais j’avais atteint la limite, celle où je mets ma santé en danger.

J’ai trop donné au début, mal géré des descentes techniques où je réalise maintenant que je ne suis pas un chamois, et ce satané chrono, 35h de m…, que d’erreurs ! J’ai payé pour apprendre et j’ai pris cher.

Donc c’est à 33 bornes de l’arrivée (~ 9h quand même à tirer), à 6h du mat’ dimanche 28 que je tire ma révérence de l’UTMB.

Je jouis de ce moment dans le bus qui me ramène à Cham’, à moi la douche, le lit, des vêtements secs.
Mon côté warrior en a pris un coup, il est au fond du sac pour un bout de temps maintenant.

Je sms à mes amis et ma famille pour les rassurer que mon abandon est volontaire et pas lié à un accident.

C’est fort dommage, car je n’ai pas mesuré l’engouement de mes proches qui ont passé le WE devant le pc, à se lever à tour de rôle, à laisser le pc allumé et s’envoyer des sms à n’importe quelle heure pour me « pister » sur l’UTMB.

En parallèle, Nono continuera et finira comme un champion qu’il est, impressionnant, régulier, indestructible, respect mon frère d’armes !

Deux semaines plus tard, je ne regrette pas, j’étais vraiment au bout du bout, et c’était impossible pour moi d’enquiller encore 9h d’effort.

Je retiendrai que j’ai battu mon record de km parcourus en course (137 km et non plus 111 km), et qu’avec un peu plus d’expérience, les 33 km n’étaient pas inatteignables.

J’ai pioché trop tôt dans mes réserves mentales et physiques, il faut se forcer à marcher quand on se sent bien même si c’est praticable et tentant d’envoyer. C’est comme ça que l’on dure sur un ultra, que l’on arrive à passer 2 nuits blanches et une journée de course pour atteindre le graal, en étant un p’tit peu frais à l’attaque de la deuxième journée.

Ça m’a donné encore plus la gnac pour retenter ma chance au tirage au sort de la prochaine édition, je pense avoir acquis quelques infos tactiques, stratégiques pour orienter ma préparation différemment et pouvoir gommer ces 33 km manquants.

Ce n’est pas infaisable, il faut être prêt physiquement, mentalement, savoir gérer pendant la course, et préparer plus en amont celle-ci (bien analyser le parcours et ses difficultés).
Maintenant que j’ai fait une « reco » de 137 km, je me sens un peu plus prêt qu’il y a deux semaines…

UTMBééééééééééééééééééééé !!!!!!!

Ben.

Résultats UTMB et CCC des coureurs de l'AS :



UTMB
170
km / 9600m D+
Nom
Place
Temps
Arnaud BIHANNIC
365
14:51:46
Benoit BLONDEL
S'est arrêté au km 137 après 30h de course, mais motivé pour finir l'an prochain !
CCC
93
km / 5100 D+
Nom
Place
Temps
Jean-François MAGNE
204
15:23:48
Damien DEVILLE
364
16:51:14

vendredi 9 septembre 2011

La CCC 2011 ... j'aime, par Jeff

Moi, ce que j’aime dans le trail ? 
La CCC évidement ! 
Derrière cet acronyme 3 villes, qui forment une couronne autour du massif du Mont Blanc : Courmayeur en Italie, Champeix en Suisse et Chamonix et qui jalonnent le parcours de cet ultra trail.
François avait trouvé un autre sens aux initiales et paraphrasant Audiard, avait déclaré définitif : « La CCC c’est la course des triple-cons, d’ailleurs ils osent tout, les cons c’est même à cela que l’on les reconnaît ! ».
La formule traduisait bien notre état d’esprit quelques huit mois auparavant, alors qu’au bénéfice du tirage au sort nous avions reçu notre numéro de dossard.
Nous avions osé il allait maintenant falloir s’organiser …

La fiche technique :
Environ 92km et 5096m de dénivelé positif [au Garmin c’est plutôt 98,6 km et 5331 m de D+].
Nombre de ravitaillements : 5 ravitaillements solides, 4 ravitaillements boissons.
Temps du 1er : environ 11:40    
Temps du dernier : environ 26:30  
Temps maximum : 26:00
Date, heure et lieu de départ : Vendredi 26 août à 10:00 du centre de Courmayeur (Italie).
Nombre de coureurs : Epreuve limitée à 1800 coureurs.

Je passe rapidement sur les quelques mois de préparation : les côtes à St Cloud et Meudon, le bœuf de l’Ardéchois, les pentes de l’Annecime, les litres de Malto, …
Vendredi 26 août, 6 H du mat, un petit café,  Gatosport, le bus qui conduit la colonie de Chamonix à Courmayeur, re-Gatosport !
Sur place c’est la fête au village, avec un dress-code un peu particulier, stretch et fluo baskets de rigueur, les coureurs envahissent les rues et s’égayent dans tout ce que Courmayeur compte de cafés, bars, salons de thé pour les derniers préparatifs.
A l’approche du départ nous rejoignons les sas qui séparent les trois vagues de départ pour le briefing d’avant course. La foule bruissait de rumeurs et vibrait de SMS, c’est confirmé ! Les conditions météo, de gros orages arrivent, contraignent l’organisation à changer le parcours. Exit le col Sapin et les montées vers la Tête de la Tronche, Bovine, Catogne et la Tête au vent ; dommage Olivier et moi avions pu les apprécier début août et nos fiches parcours sont maintenant inutiles.  Tant pis nous découvrirons le tracé au fil du parcours …

Bon, le début, on connaît, traversée des rues du village et petit sentier vers Bertone. Toutefois à plus de 600 cela change un peu la donne, le rythme de départ est soutenu et il faut jouer des coudes pour trouver une allure adéquate et bien à l’abri du vent. Le soleil nous fait profiter de ses meilleurs rayons. En bref à Bertone, ça cogne et ça bastonne !
Ne pas oublier les consignes du coach ! Hydratation régulière ! Le souci c’est que même en deçà des doses prescrites les poudres dans mon camelback font une espèce de Blédine que j’ai de plus en plus de mal à avaler. Je benne tout cela au ravito et repasse à l’eau claire !
On reste ensuite à flanc de montage pour rallier le refuge Bonnati puis Arnuva : quelques bosses et de la descente. La file des coureurs commence à s’étirer. Une vraie partie de plaisir, face au Mont Blanc, cette vallée est une petite merveille. La descente se fait à un bon rythme, je refais le plein au ravito et repars tranquillement ! Pas de panique on a une bonne heure de montée en perspective jusqu’au Grand Col Ferret. Lors de notre reconnaissance, début août, je me souviens du vent froid qui nous avait accompagné et au col nous avions trouvé le sol givré et les panneaux recouverts de glace. Pour l’heure, il est presque 13 H et le soleil est au zénith.  

Je serre les dents aux deux coups de cul qui jalonnent la montée (avant le refuge Elena et juste avant le col). Un peu plus d’une heure après, je passe le col balayé par le vent. Le gros temps annoncé arrive !
Je retrouve François et nous entamons ensemble la descente dans les alpages ; le sentier est agréable, le ciel nous envoie quelques gouttes rafraîchissantes, les jambes répondent bien mais, pas d’emballement, la route est encore longue. Je prends d’ailleurs une petite pause. Très à l’aise dans mes baskets, de vrais chaussons, j’avais négligé un resserrage qui me vaut une belle ampoule ! Je répare tant bien que mal, ce satané pansement qui ne veut pas tenir ! Je souffle un peu avant de partir : je suis au 30ème km, il m'en reste donc encore 70 … Je reprends la route avant de trop gamberger.
Après la Fouly, la descente se poursuit sur la route que l’on quitte en coupant les lacets, je retrouve Manou qui déguste à chaque rebond sur l’asphalte, mais le D+ lui donne des ailes et je le vois s’envoler dans le chemin des champignons avant Champeix. De mon côé, que je peine à mettre un pied devant l’autre (premier coup de mou !).
L’arrivée au ravito me revigore, c’est la foire à la saucisse, une grosse ambiance sous la tente où sont attablés des dizaines de coureurs. Je croise Manou, vais remplir mon Camelback et faire réparer mon dossard (Non Madame, gardez vos ciseaux, ce n’est pas pour un abandon !) pour quitter rapidement cette île des sirènes ! Je retrouve Olivier et lui propose de faire route ensemble, nous ne serons pas trop de deux pour supporter ce qui s’annonce. Il repart en marchant, je le rattrape le long du lac et nous march-trottinons clopin-clopant  direction Martigny. Bien entamés mais concentrés sur le but, finir cette course, nous finissons par trottiner, ce ne sont pas les chariots de feu mais à ce petit rythme, nous n’entendrons pas l’appel de Manou qui nous aperçoit au bout du lac et qui aurait bien accroché le wagon (Pardon Manou !).

Nous commençons d’abord par un petit chemin forestier emprunté il y a quelques semaines pour rejoindre Bovine (dont à cet instant nous ne regrettons pas les marches géantes !) puis vient un long tronçon ou nous passons d’un côté à l’autre de la vallée et notamment dans les vignes du Valais via de petits escaliers, des ponts et des portions escarpées sécurisées par des chaînes. Nous croisons quelques groupes de la PTL en course depuis cinq jours ( !), c’est l’occasion d’encouragements réciproques.
Nous arrivons enfin à Martigny ! Le ravitaillement est plus qu’improvisé, une petite tente battue par le vent et les organisateurs ont très peu d’information à délivrer sur la suite du parcours. Enfin pour faire simple nous sommes tout au fond de la vallée donc pour retourner en France cela va forcément monter et raide ! Un petit groupe de PTL se fait envoyer sur les roses pour avoir voulu profiter indûment de ce ravito CCC ! Sympathique retour à la civilisation après 5 jours dans les montagnes ! L’accueil de toute la population fait largement oublier la halte frugale de l’organisation. En plus des encouragements généreusement prodigués, chaque famille organise son propre ravitaillement (éponges, eau gazeuse, coca,…) dans son jardin, sur le pas de sa porte ou à la terrasse des bistrots. Cela met vraiment du baume au cœur.
Le parcours est lui moins sympathique,… cela monte tout droit, sans détour et inexorablement, d’abord dans le village puis dans la forêt direction Le col de la Forclaz (1000 m D+). La pluie arrive, puis la nuit et sur la dernière portion j’ai vraiment du mal à mettre un pas devant l’autre et je m’accroche à Olivier. Arrivés au col on se laisse guider par la pente ; c’est raide, cela fait mal mais du coup on arrivera plus vite !
Arrivés à Trient, le bonheur, une espèce de certitude que quoi qu’il arrive on en verra le bout de cette satanée CCC ! On prend une vrai pause (12 min) pour lutter contre le froid, la fatigue et le mal au bide. Le remède : de la soupe, de la banane avec du fromage et ça repart ! Sous des trombes d’eau, on enchaîne sur une interminable route forestière qui passe par Les Jeurs puis c’est la descente vers Vallorcine sur une piste que nous connaissons (outch les quadri ! Merci les bâtons !). Bref arrêt au ravito, envie d’en finir, ça sent l’écurie (i.e. l’approche de l’arrivée, rien à avoir avec la tente de Vallorcine qui est impeccable !) et direction Argentières en passant par le col des Montets.
L’approche de Chamonix nous redonne des forces et nous marchons à un bon rythme sur la pente douce et enchainons dans le mouvement la descente vers Argentières.
Nous traversons la tente, il est minuit.
C’en est fini des difficultés, l’arrivée à Chamonix doit se faire par le balcon sud, on imagine donc une petite montée et un chemin à flanc de montagne avant de descendre vers l’arrivée. La réalité est un peu différente : on monte effectivement, pour suivre un chemin vallonné, détrempé et plein de racines, puis on redescend aux Tines, pour remonter ! Pas grand-chose, juste 100 m de D+, mais ce raidillon me file un coup au moral et je retrouve un pas chancelant luttant pour mettre un pied devant l’autre.  Je vois partir Olivier qui a conservé un bon petit rythme et me retrouve seul pour attaquer la descente.
J’suis fatigué, j’ai mal aux pieds et aux jambes, j'ai froid (« si j’avais su j’aurais pas venu ! »), comme tout au long de la course mon téléphone vibre de SMS, de notifs Facebook et autres encouragements, cela me revigore et j’attaque la descente pour retrouver Olivier qui m’attends en bas (Merci Olivier).  Dernier petit footing le long de l’Arve et nous guettons l'arrivée sous l’arche à chaque coin de rue de Chamonix !

Bravo au team Montroc,  à Manou  pour avoir su prouver (dans la douleur) que le retourné acrobatique n’est pas incompatible avec la course en montagne, à François pour avoir bouclé son premier ultra, à Arnaud pour cette course si bien gérée malgré ses genoux capricieux , à Christian, pour avoir terminé malgré un entrainement à la portion congrue (tu restes le champion des 25 bosses !) et merci à Olivier pour le bout de chemin parcouru ensemble. Merci aussi pour tous les messages de soutien tout au long de la course et les précieux conseils.
Moi ce que j’aime dans le trail c’est tout cela : la variété des parcours et des difficultés, les paysages à couper le souffle, les bouts de chemins partagés avec des potes et ces longs moments d’introspection qui commencent invariablement par : «  Mais qu’est-ce que je fous là ! ».