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mercredi 10 avril 2013

Trail Sainte Victoire ou effet Venturi ?




 L’effet Venturi, du nom du physicien italien Giovanni Battista Venturi, est un phénomène de la dynamique des fluides où il y a formation d’une dépression dans une zone où les particules de fluides sont accélérées. « Venturi » désigne également le nom de la Montagne Sainte Victoire en occitan provençal…

L’édition 2013 est ma quatrième participation au Trail Sainte Victoire. Comme tous les ans un nouveau parcours est proposé. Cette année encore, près de 60 km et 3000 mètres de dénivelé positif. Autant dire qu’un beau challenge est en perspective. Cette course est toujours une épreuve physique et mentale, la montagne se laissant nettement moins apprivoiser que le renard de Saint-Exupéry.
Me concernant, la principale nouveauté cette année se focalise sur l’aspect collectif de la course. En effet, c’est avec Jean-François (voir mon récit du Trail de Bonnieux) que nous allons parcourir de part et d’autre le célébrissime massif Aixois. Collectif également parce qu’une délégation Parisienne et Lyonnaise de mon club, l’AS GroupeSFR, sera présente sur le parcours. J’espère pour eux qu’ils seront pleinement satisfaits de leur déplacement au pays de Cézanne.
Après 24h non-stop de pluie, la météo semble être plus clémente aujourd’hui. Elle annonce un grand soleil et même un peu de chaleur.  On a du mal à se l’imaginer car à 6h30 le dimanche matin, le ciel est encore brumeux et l’humidité doit encore dépasser les 70%. Il fait donc frisquet en tee-shirt sur la ligne de départ. Mais ça ne durera qu’une quinzaine de minute le temps de se mettre dans la course. Avec Jeff, nous partons dans le premier tiers du peloton. On laisse partir le troupeau sur motivé par départ lancé avec 10 minutes de retard.
Une large boucle dans Rousset permet d’étaler le peloton avant d’attaquer les premières bosses. Elles sont courtes mais raides et dans un terrain rendu très boueux à cause des averses de la veille. Du coup, ça bouchonne un peu. Ça permet à Jeff de rapidement se faire remarquer avec ses blagues lancées à qui veut bien l’entendre. On n’entend pas trop parler en ce début de course. Les corps sont manifestement encore endormis. Nous percevons seulement le bruit des chaussures dans les flaques d’eau et les mares de boue que nous rencontrerons régulièrement jusqu’au pied de la Sainte Victoire, située 10 km plus loin.


Nous mettrons moins de 1h20 pour la rejoindre et atteindre le premier ravitaillement. J’attends Jeff qui tarde à arriver. Quelques kilomètres avant, Il n’a rien trouvé de mieux que de s’arrêter pour une pause technique. Par la petite vidange, non. Mais la révision totale suite à un problème d’échappement ou un truc du genre… C’est donc à une allure très modérée que j’attaque la première montée du massif. 

Jeff me rejoindra à mi-hauteur, là où le sentier file vers la droite direction le célèbre « Pas du clapier ». Nous longerons la montagne sur 3 km, alternant courtes montées raides et traversées en balcon. La brume a laissée place à un soleil radieux, c’est somptueux ! Jeff est toujours derrière mais une dizaine de coureurs nous séparent. Toutefois sa discrétion légendaire ne m’empêche pas de l’entendre plaisanter avec participants qui le côtoient.


L’allure est très nettement ralentie à la montée du Pas du Clapier. Il faut dire qu’on passe quasiment de la course à pied à l’escalade. Les coureurs peu habitués à monter en s’aidant des mains et sensibles  au  vide sont forcément un peu en panique. Pour avoir grimpé ce single une bonne vingtaine de fois, je me régale dans cette brèche qui est pour moi un des plus beaux passages de la Sainte Victoire. Les 200 mètres de dénivelé sur 500 mètres (soit une pente à 40%) sont avalés en 15 minutes. A l’entraînement, ça passe beaucoup plus vite. Mais ici et maintenant, pas question de faire un record.
Arrivé sur les crêtes, c’est le grand beau temps. Pas de rafales de vent comme c’est souvent le cas à cet endroit mais une brise légère qui arrive à peine à nous rafraichir. J’avais prévu le coupe-vent dans le sac mais je n’aurai pas besoin de le sortir aujourd’hui. C’est incroyable d’avoir un temps pareil quand on sait celui qu’il faisait la veille. Le terrain reste glissant certes, mais sans commune mesure avec ce que j’avais imaginé. Les crêtes restent toutefois un passage délicat. En effet, les lapiaz (sol constitué de roche calcaire aux aspérités coupantes, sillonné de nombreuses rigoles, fissures et crevasses de taille variable) nous empêchent de garder une allure régulière et oblige à garder l’œil sur ses appuis au risque de perdre une ou deux chevilles. Heureusement, la pénibilité de la course est compensée par une vue splendide à 360° depuis laquelle la méditerranée et les Alpes du sud sont nettement visibles. C’est avec le groupe de la seconde et troisième féminine que je ferai un bon bout de chemin jusqu’au second ravitaillement, situé à la sortie de Vauvenargues.
Mais avant, il faut rejoindre le bas du massif par le sentier des Venturiers. Ce sentiers, largement fréquenté par les randonneurs est pourtant un des moins intéressants. Je descends tranquillement pour que Jeff puisse me rattraper sans avoir à forcer. Pour m’être fait piéger dans cette descente il y a 3 ans, je relâche au maximum afin de soulager les cuisses et éviter qu’elles souffrent plus tard. Approchant de Vauvenargues, j’entends crier mon nom… C’est Corinne, une collègue de travail qui m’a reconnue parmi les participants. Surpris, j’ai juste le temps de lui lancer un bonjour en retour. Désolé Corinne de ne pas avoir pris soin de m’arrêter quelques secondes. Ça ne m’a même pas effleuré l’esprit en plus. Pour en avoir rediscuté avec Jeff après coup (qui lui s’est bien évidement arrêté pour tailler une bavette), nous avons dans l’effort des réactions diamétralement opposées. A croire que la bulle dans laquelle je me réfugie en compétition me fait perdre un peu de lucidité et, à mon grand regret… d’humanité.
A Vauvenargues, nous suivons un chemin en bord de la route, puis traversons le village. Les filles sont toujours là et l’ambiance est euphorique, entre vannes et éclats de rire. Ce groupe de fille est décidément constitué de véritables pipelettes. Il ne manque que Jeff (qui arrivera quelques minutes plus tard) pour parfaire le tableau… Un tableau de Picasso bien sûr car c’est à Vauvenargues justement que se trouve le château du peintre. Savez-vous qu’il fut même inhumé sur le tertre de la terrasse ? Il y repose encore. Sa femme Jacqueline l’a rejoint quelques années plus tard. Nous frôlons d’ailleurs les murs du domaine avant d’attaquer à nouveau la montagne mais cette fois par sa face nord. En repartant du ravitaillement de Vauvenargues nous apercevons Sébastien, un des parisiens du club, qui semble avoir un peu de mal à repartir. Mais fausse alerte, il nous dit que tout va bien.
Nous grimpons en pente douce jusqu’à rejoindre le redoutable sentier des Plaideurs. J’ai fait cette montée plus d’une dizaine de fois et je n’ai pas le souvenir d’avoir été une seule fois serein. Ce n’est pourtant pas la côte la plus raide du massif mais elle arrive à un moment du parcours où la fatigue est déjà bien présente. De plus les nombreuses marches rocheuses finissent bien souvent de vous achever en déclenchant vos premières crampes, comme je l’ai vécu l’an dernier. C’est dur mais on s’accroche…
Pas après pas, le sommet tant convoité se dessine. Du moins en apparence, car la subtilité de cette montée est de faire croire que la crête sommitale est proche. La pente finie par redevenir acceptable pour nos cuisses. Enfin la crête ! Maintenant direction le Pic des Mouches, le plus haut sommet du massif qui culmine à 1011 mètres.

Sur les crêtes une légère brise permet de refroidir la mécanique qui a bien souffert dans la montée. J’ai le souvenir d’avoir bloqué sur les gouttes de sueurs qui perlaient de ma casquette. De quoi remplir un jerricane ! Les yeux rivés sur la pose de nos pieds, on a failli manquer d’une foulée la bifurcation suivante. Sans la présence d’un signaleur, on filait tout droit, évitant ainsi la descente du Baou de l’Aigle face au vide suivi de la remontée au Pic des Mouches, soit 150 mètres de dénivelé négatif puis positif en moins 1,5 km ! Ça aurait été dommage de manquer  cette magnifique descente aérienne en pleine face sud dans un passage qu’on imagine aisément réservé aux grimpeurs locaux au lézard ocellé (une espèce menacée soit dit en passant).
On sert les dents pour rejoindre le Pic des Mouches. En guise de Sarcophaga carnaria (nom savant de la mouche grise), ce sont des randonneurs qui nous accueillent avec enthousiasme au sommet. Ça fait du bien ! D’ailleurs, nous en rencontrerons beaucoup au cours de cette journée, toujours prêt à nous encourager et ayant à chaque fois le souci de ne pas encombrer le passage des coureurs. Merci à eux car nous avons perturbé la quiétude de certains. D’un autre côté, ces rencontres ont permis à Jeff de multiplier les occasions de tailler la bavette. Tout juste s’il ne s’arrête pas jouer avec les enfants. Ce qu’il fera d’ailleurs plus tard mais nous y reviendrons…
C’est un peu fébrile que je rejoins le Col des Portes. La fatigue est bien installée et malgré quelques gels et pâtes de fruits avalées je ne me sens pas au mieux. Je sais que ça va passer mais en attendant je passe un sale moment. Jeff fait ce qu’il peut pour me remonter le moral mais ses facéties ont plutôt l’effet l’inverse. Il me connait bien, vu qu’on s’entraîne ensemble toute la semaine. Il sait que je peux avoir mauvais caractère quand les choses ne se passent pas comme je le souhaite. Bref mon vieux Jeff, je n’ai pas été un super partenaire sur cette course et je m’en excuse encore. Je vais tâcher de travailler ça pour les prochaines courses et notamment la TDS ou nous vivrons, j’en suis persuadé, une grande aventure et une belle histoire d’amitié.
Nous atteignons enfin le ravitaillement de Puyloubier après une descente où j’ai eu l’impression de freiner tout le long. Il est urgent que je reprenne des forces maintenant. Si les principales difficultés sont passées, il reste encore une montée coriace jusqu’au refuge de Baudino à négocier. Avec la chaleur désormais bien présente la surchauffe n’est pas exclue. Nous prenons donc le temps de nous alimenter et de nous hydrater correctement. A nous deux, on doit facilement avoir avalé l’équivalent de 6 oranges en quelques secondes ! Au moment de repartir, nous voyons Sébastien arriver. Il a les traits tirés et le visage bien pâlot. Nous décidons alors de l’attendre pour faire un bout de chemin ensemble.



Sa présence me soulage car elle permet de redistribuer les échanges. Jeff parle à Sébastien qui lui répond. Je n’ai ainsi plus besoin de parler. Je me retrouve tout seul avec ma peine sans être perturbé, c’est presque le pied !
C’est d’ailleurs dans un silence de fin de vie que nous atteignons le refuge de Baudino. Cumulée à la fatigue, la chaleur générée par la réverbération du soleil sur les falaises rend cette ascension très difficile. Les rares coureurs que nous rattraperons se trouveront dans un état encore bien pire. Je vis quasiment la même chose au même endroit qu’il y a 3 ans, lors de ma première participation. J’entends la respiration de Sébastien s’emballer dans mon dos. Un cardio qui m’arrive pas à se calmer en marchant, ce n’est jamais très bon signe… Arrivé au refuge, il ne sera plus dans notre dos. Nous l’attendons à l’ombre. Quelques minutes après un coureur apparaît. Nous nous empressons de prendre des nouvelles de Sébastien. Il nous dit qu’il s’est arrêté se reposer un moment. Nous prévenons alors un bénévole de s’inquiéter de son état dès qu’il arrivera et repartons, mais à deux cette fois. Je sens que Jeff aimerait accélérer. De mon côté, je suis tiraillé entre accélérer (toujours avec difficulté) et ralentir pour que Sébastien nous rattrape.
Ce qu’il fera 5 kilomètres plus loin à Saint-Antonin-sur-Bayon, le dernier ravitaillement commun au premier de ce matin. Jeff l’incorrigible plaisante plus que jamais avec les bénévoles. Moi, je suis pressé d’en finir et souhaite repartir rapidement.
Plus que 10 km à parcourir, principalement en descente pour rejoindre Rousset. La dernière bosse sur un large sentier d’une centaine de mètre de dénivelé est relativement vite avalée, d’autant que notre trio semble reprendre un peu d’énergie. Jeff trouvera des ressources supplémentaires pour simuler une attaque de diligence après avoir croisé une petite famille installée dans une carriole tirée par deux ânes. Le visage à moitié caché dans son tee-shirt (qui sent l’écurie lui aussi) et les doigts en pistolet il hurle des sommations tel un bandit des grands chemins. Les plus surpris sont les ânes qui stoppent net et engagent un mouvement de recul. Des chevaux à la place des ânes et la carriole se serait à coup sûr renversée. Ça a le mérite de faire rire les enfants, mission accomplie !

Nous resterons dans une ambiance Far West en traversant des collines de terre rouge jusqu’aux portes de Rousset qui tranchent franchement avec la raideur calcaire du cœur du massif. Plus que 6 kilomètres ! Je retrouve alors mes jambes. Je peux à nouveau courir sans aucune difficulté. Mon coup de mou aura duré finalement plus de 20 km, soit au moins 4 heures… Je me surprends à attendre Sébastien qui vit une fin de course pénible. Afin d’éviter de perdre cette énergie retrouvée de façon providentielle je fais des grands cercles pour permettre à mes compagnons de me rejoindre. Les voilà ! Moins de 2 km maintenant ! Le moulin… la dernière pente raide, les vignes de Rousset et le village apparaît enfin. 200 mètres avant l’arrivée, je tends les mains à mes camarades. Conditionné pendant plus de 9 heures par les vannes et les blagues potaches de Jeff c’est moi qui prends le relais et qui me met à brailler au public « Sortez les appareils photos, voilà du lourd ! ». C’est sur une belle image de fraternité que nous passerons l’arche main dans la main.

Jean-Félix immortalise notre arrivée sur son téléphone. C’est sympa de sa part de nous avoir attendu ! Lui est arrivé en un temps canon de 7h52 et s’octroie une superbe 29ème place au scratch. Jérôme mettra 15 minutes de plus pour finir 36ème. Ils assurent nos collègues parisiens ! Pour nous trois, c’est en 9h36 que nous aurons bouclé ce parcours. Enfin, notre collègue Lyonnais Nicolas arrivera après 11h02 d’effort dont il se souviendra probablement très longtemps.
Deux jours après la course, c’est le moment du bilan. Pas de douleur particulière, tout va bien de ce côté-là. Humainement, j’aurai vécu une belle aventure en compagnie de Jeff. On a encore des choses à apprendre l’un de l’autre (et c’est tant mieux !) pour devenir « le duo de choc qui va tout péter à la TDS ». Sportivement, j’ai encore une préparation à optimiser. Une meilleure préparation physique, bien évidemment, mais surtout psychologique car c’est dans ce domaine que je me sens fragilisé actuellement. Connaissant les causes, je suis convaincu que cette faiblesse sera corrigée d’ici la fin de l’année.
Mon résultat sur cette édition est en deçà de ce que j’espérais faire. Au regard du classement et des coureurs que je connais, je pouvais raisonnablement prétendre mettre une heure de moins. Mais voilà, si le trail était une science exacte, il n’y aurait même plus besoin de prendre le départ. Ça prouve aussi, comme je le disais en introduction, qu’on ne peut pas étalonner la Montagne Sainte Victoire comme une course sur bitume et que la moindre défaillance est payée cash. C’est ce qui fait le charme du TSV :  il y a toujours des surprises à l’arrivée ! C’est ce que doivent encore se dire les 80 coureurs qui ont abandonné (soit 21% des partants), probablement victimes d’une dépression dans une zone où les particules de fluides sont accélérées.

Résumé Trail Sainte Victoire 2013 par Fred.





dimanche 22 mai 2011

Trail du Grand Luberon (25 km – 1500 D+)


Ce n’est pas hyper motivé et donc avec peine que je me suis réveillé à 6h30 dimanche matin pour me rendre à Cabrières-d’Aigues (Vaucluse), au pied du Grand Luberon et de son point culminant, le Mourre Nègre (1125 m).

Arrivée sur place, devant l’effervescence des traileurs, la motivation et l’envie de se donner reprend le dessus, malgré une préparation plus que légère ces derniers temps.

8h00 : Départ du 41 km ! J’encourage les coureurs qui risquent de bien souffrir vu la chaleur qui règne de bon matin… On se retrouvera plus tard puisque le parcours du 41 km est en partie commun à celui du 25 km. C’est en fait une super idée car ce principe permettra aux participants du 25 km de se faire doubler par les cadors du 41 km… Super impressionnant ! J’y reviendrai plus tard.

8h45 : Après un échauffement en règle, je me rapproche de la ligne de départ en discutant avec quelques habitués des trails de la région. Ambiance est décontractée mais chacun appréhende la chaleur qui risque d’être torride.

9h00 : C’est parti ! Le parcours commence avec 5 km de montée progressive. Les 2 premiers, sur un sentier roulant, est une excellente mise en jambe.
Je pars tranquillou tout en rattrapant de nombreux coureurs. Décidément, ce type de montée semble être définitivement mon point fort.
La pente se redresse, on attaque un single de 3 km qui grimpe jusqu’au sommet… A mi-chemin, je commence à avoir mal aux mollets… J’ai l’impression que mes jambes sont lestées de plomb... J’ai le sentiment de baisser le rythme… La distance qui s’allonge avec les coureurs devant moi le confirme… C’est dans la douleur que j’arrive au Mourre Nègre.

Le Grand Luberon et le Mourre Nègre (sous le relais TV au centre de la photo)




La chaleur devient intense, malgré le fait que le chemin est principalement à l’ombre d’arbres et conifères…

A peine le temps d’admirer sur les crêtes Sainte Victoire, la Sainte-Baume et le Mont Ventoux, qu’il faut attaquer les 2 ou 3 km de descente vers le petit village d’Auribeau.

La descente me fait un bien fou ! Elle est très rapide, pas trop technique, les appuis sont francs... Bref, je me régale ! Je rattrape très largement le temps perdu à la montée.
La descente laisse des traces aux coureurs plutôt habitués au plat : certains donnent l’impression de faire du sur-place, se rattrapant aux branches. Je suis super étonné de rattraper autant de monde à ce niveau de la course.
Je retrouve le moral et c’est sur un bon rythme que j’arrive au ravito d’Auribeau (km 10)

Juste le temps de remplir ma poche à eau et c’est reparti !
L’arrivée et la sortie du village se fait par le même chemin, ce qui fait qu’on vient à croiser les autres concurrents du 25 et ceux du 41 qui commencent à arriver… C’est surprenant ! Mais impossible de se perdre tellement les bénévoles sont au top !

On suit un single magnifique et sauvage (et à l’ombre !) qui remonte doucement.
La pente s’incline… On marche à nouveau pour rejoindre les crêtes du Grand Luberon. Heu… on marche sauf Nicolas Luxembourg, en tête du 41 km, qui me dépasse à la vitesse d’un cheval au galop dans une côte à 25% (j’exagère à peine !). C’est vraiment classe de voir les champions à l’œuvre en pleine course car c’est quelque chose qu’on ne voit jamais finalement…

A nouveau sur les crêtes.
Ici commence un passage somptueux, un parcours de montagnes russes fait de montées et descentes de 200 à 300 mètres environ.
Le paysage est panoramique et domine toute la région. Une légère brise de crêtes est également la bienvenue.

Les jambes commencent à faire mal… La succession de bosses y est pour quelque chose 
Enfin, on attaque la descente vers Cabrières-d’Aigues… Mais il reste plus de 8 km.
La première partie est technique et finira par me brûler les cuisses… Je connaîtrai même ma première chute, heureusement sans bobo, ayant eu le reflexe de faire une roulade à la Belmondo pour amortir la chute.
Le single devient chemin et le chemin devient plat, ouf ! Les cuisses n’en pouvaient plus.

Arrivée au dernier ravito, à 5 km de l’arrivée.
Pas d’arrêt mais mouillage de casquette et de nuque obligatoire car on doit largement dépasser les 30°C maintenant.

Ces 5 derniers kilomètres seront finalement les plus difficiles. Un dernier gros « coup de cul » finira par nous achever à 2 km de l’arrivée. Les bénévoles, qui ne sont pas les derniers pour la déconne, ont même laissé un panneau au somment de la côté marqué : « Sondage - Avez-vous aimé cette montée ? OUI – NON ».

L’arrivée se fait par le haut du village de Cabrières-d’Aigues, c’est magnifique !
Une succession d’escalier en pierre et nous voilà à quelques mètres de l’arrivée.
Le public est très nombreux et particulièrement en liesse. Ca fait du bien et ça oblige surtout à passer la ligne avec dignité.
C’est donc comme une joggeuse de la Corniche Kennedy (torse bombé, foulée bondissante, regard conquérant) que je passe la ligne mais intérieurement je suis complètement en vrac…
2 pastis au ravito d’arrivée finiront de m’achever (faut bien fêter les victoires aussi hein !)…

Je termine finalement 36ème sur 233 partants (14ème V1M) en 3h06.
Ma meilleure perf dans le challenge des trails de Provence !
A croire que l’abus de rosé c’est bon pour l’entraînement.
Il n’en reste pas moins que ce 25 me donne physiquement l’impression ce matin d’avoir fait un 50…

Fred. 

jeudi 14 avril 2011

Trail Sainte Victoire. Dimanche 3 avril 2011. Par Fred Prost

L’édition 2011, c’est 59 km et 3200 m de dénivelé.
Une course très technique avec montées et descentes vertigineuses sur un terrain ou le calcaire est omniprésent, qu’il soit sous forme de cailloux de toutes tailles ou sous forme de lapiaz (ciselures superficielles creusées par les eaux en terrain calcaire)

 Le parcours de l’édition 2011 et quelques repères

Cette année, les organisateurs ont vu les choses en grand : Le parcours traverse le massif de part en part, agrémenté de 3 montées et descentes. Soit l’équivalent de monter 27 fois les 119 mètres de la tour Séquoia (à pied).

C’est donc avec nettement plus d’appréhension que l’année précédente que j’aborde l’évènement. Certes, je suis nettement mieux préparé mais, en contrepartie le parcours fait 10 kilomètres de plus… Rien que de me remémorer l’état dans lequel j’avais terminé, je redoute la souffrance qui sera, quoiqu’il arrive, inévitable…

Le départ est lancé aux alentours de 8h.
Plus de 400 coureurs s’élancent pour « mater » Sainte Victoire qui promet de ne pas se laisser dompter facilement. Dès le départ le soleil est présent et commence déjà à chauffer… Une dure journée s’annonce.


Le départ est rapide, comme tous les départs… Cette fois, je ne me laisse pas porter par l’engouement et réduit volontairement mon allure. Des coureurs me dépassent mais je sais maintenant par expérience que je les reverrai très bientôt.


Les 4 premiers kilomètres sont plutôt roulants sur sentiers pas trop accidenté (chose rare ici) et permettent de chauffer les cuisses à la bonne température.
A ma grande surprise, Je rejoins Brice quelques kilomètres plus loin, persuadé d’avoir démarré devant lui. Nous en profitons pour échanger quelques et s’encourager mutuellement car on sait qu’il nous faudra plus que du courage pour aller au bout.



Première difficulté : La montée au refuge de Bodino, suivi de la vertigineuse montée au pas du Clapier.
 Montée au refuge de Bodino

Le Pas du Clapier

10ème Kilomètre : Tout va bien, j’arrive au sommet dans une forme rayonnante en ayant explosé mon temps de référence. En effet, c’est la partie du parcours que je connais le mieux pour l’avoir fait au moins 6 ou 7 fois en une année à l’entraînement.

On longe la crête sur prêt de 4 km pour rejoindre le Pic des Mouches (1011m), la pointe  sommitale du massif… Mais à quelques kilomètres du sommet, le parcours bifurque à droite et plonge dans le vide !

Les Crêtes

Le Pic des Mouches au loin

La descente, d’une centaine de mètres environ, est vertigineuse. Les organisateurs ont même équipés des mains courantes en corde d’escalade afin de sécuriser certains passages.
L’accroche est excellente et je prendrai beaucoup de plaisir dans cette descente et la remontée qui suivra juste après.

Arrivée au Pic des Mouches. A peine le temps d’admirer le paysage que c’est déjà reparti pour 2 km de descente jusqu’au col des portes.
Là encore, pour avoir effectué ce tronçon un grand nombre de fois, aucune difficulté me concernant.
Tout va bien : aucune douleur dans les jambes. Je pense plutôt bien gérer mon hydratation en buvant régulièrement tous les ¼ heures (l’alarme de mon GPS est là pour me le rappeler). Le vent frais qui souffle sur les crêtes fait un bien fou.
Je me force aussi à m’alimenter, même si avaler du solide commence à devenir difficile...

Après une boucle de 4 km au pied de la face nord de Sainte Victoire, nouvelle remontée tranquille puis nouvelle redescente par le sélectif sentier GR9, direction Puyloubier. La pente est raisonnable mais elle est très longue et le chemin parsemé de lapiaz rend la progression exigeante pour les quadriceps et ne fait aucune pitié aux chevilles qui auraient le malheur de se tordre.

Kilomètre 24 : Arrivé au premier ravitaillement solide de Puyloubier. Les visages commencent à être marqués, nous sommes pourtant qu’au premier tiers du parcours et la chaleur est maintenant prédominante.

A peine 5 minutes de pause, le temps de remplir ma poche à eau et me voilà à nouveau en course avec 2 Tucs en main… qui auront du mal à passer tellement la bouche est sèche. A croire que mes ¼ heures d’hydratation sont insuffisants…

Le parcours s’éloigne de la montagne pour passer le long des vignes qui feront le bonheur des amoureux du rosé de Provence.
Cette portion roulante sous le cagnard de midi est assommante...

Vignes de Puyloubier

Après 2 km de vignes, retour à la montagne ! Nouvelle montée quasiment au niveau de la Chapelle de Saint Ser

Le sentier part à gauche pour redescendre légèrement puis rebascule côté falaise. Nous découvrons alors un sentier hallucinant de raideur qui grimpe sur plus de 250 mètres !
Aperçu du bas, les coureurs en file indienne donnent l’impression de ne pas avancer… J’aurai très vite la preuve qu’ils n’avancent pas !

Montée au col de Vauvenargues

Cette montée est un calvaire. C’est un des rares sentiers que je ne connaissais pas du massif. J’en garderai un souvenir éprouvant ! Je suis obligé de m’arrêter tous les 50 mètres tellement le cœur s’emballe... J’ai envie de vomir… j’ai la nausée…Je manque à plusieurs reprises de tomber dans les pommes… J’ai des pertes d’équilibre.   
Je m’assois à l’ombre d’un buis et décide de ne pas repartir tant que ça n’ira pas mieux. Je bois et mange un morceau de barre de céréales… C’est la bonne stratégie !
Sans vérifier le cardio, je sens ma fréquence cardiaque diminuer. Mon pas devient plus assuré.
Tout le long de la montée, je croiserai hommes et femmes dans le même état que moi, comme l’impression de croiser des gens accablés de désespoir après un désastre.

Agonies dans la face sud

31ème kilomètre : J’atteins enfin la délivrance : le Col de Vauvenargues. Les 7 km suivants seront en descente et sur un sentier forestier relativement plat. De quoi se refaire une santé.
Au col, des pompiers sont affairés à porter secours aux coureurs pour qui la montée fut fatale. Après coup, j’apprendrai que la majorité des abandons à eu lieu à ce point du parcours.

Redescente face nord par le long sentier des Plaideurs. Je suis une jolie traileuse que j’avais rattrapé à la montée du col de Vauvenargues et que j’imaginais hors circuit, tellement elle en avait bavée.
Mais il en faut plus pour l’abattre ! Elle me double et descend à bonne vitesse.
Impressionné par ce charmant lièvre, je me cale « dans sa roue » et arrive à suivre le rythme.
Mais un peu plus loin, je la sens ralentir… Je la double à nouveau et ne la reverrai plus. Il est fort probable qu’elle est abandonnée elle aussi.

Les quelques kilomètres de faux plat descendant vers les Cabassols sont interminables. Heureusement, je croiserai d’autres compagnons d’infortune avec qui nous partagerons quelques encouragements mutuels.

Kilomètre 36 : Enfin les Cabassols et son ravitaillement en eau…
Quelques minutes plus tard, j’attaque l’affreuse montée des Venturiers (affreuse car cimentée au ¾ pour permettre aux secours de monter à une centaine de mètres du sommet). La pente dépasse à peine les 20 % (un dénivelé qui passe habituellement en courant à l’entrainement), mais là, dans un état de fatigue avancé, même la marche est une souffrance !
Le doute s’installe… C’est la dernière grosse difficulté, soit,  mais il y a encore plus de 20 km jusqu’à l’arrivé… Je suis cramé… Je ne vais pas terminé…
Je passe en mode survivor : A partir de cet instant ce n’est plus ma conscience qui dirige les opérations mais un recoin de mon subconscient. Je visualise mentalement des images positives pour me pousser à continuer. La vision de mes enfants et de ma conjointe m’encourageant à l’arrivé me fait venir les larmes. « Non, je peux pas faire ça ! Je ne veux pas qu’ils me voient arriver dans le car des abandons ! »
Je m’accroche… L’enchaînement de mes pas me fait ressembler à un grave accidenté en phase de rééducation.
Je croise un type encore plus mal en point. Je l’encourage, lui parle mais il semble ne pas m’entendre. A la vue de son regard, je constate que lui aussi a perdu les commandes.

Au bout d'une éternité, le chemin devient moins raide, enfin !
La vue toute proche du prieuré signale le sommet est proche.
Nouvelle descente par le célèbre sentier Imoucha qui, en ce dimanche de compétition, est constellé de randonneurs (du dimanche).
Leurs nombreux encouragements me font un bien fou ! Des enfants accompagnent les coureurs sur quelques centaines de mètres nous obligeant à avoir un semblant d’allure : Une belle leçon donnée par des gamins.
Je reprends un peu mes esprits dans la descente. Je la connais bien elle aussi et je sais qu’elle est traitre et dangereuse, une cheville ayant vite fait de se tordre.

Le sentier Imoucha, Costes Chaudes devant le lac de Bimont

J’atteins le point le plus occidental du tracé avec une certaine émotion : De Puyloubier à là où je suis, 11 km de montagne nous sépare. C’est impressionnant !
Le parcours prend à gauche pour rejoindre le vallon de Roques Hautes ou un ravitaillement en eau est positionné. Je suis au 44ème kilomètre mais au 36ème dessous…

Là encore, je suis obligé de m’asseoir pour calmer les crampes qui se déclenchent sur le moindre muscle, des cuisses aux mollets. En observant de plus prêt je les vois bouger tout seul, comme pris de spasmes. Le moral en prend un coup : Malgré la volonté, j’ai bien peur que le corps refuse à un moment d’aller plus loin. 

Je repars comme je peux. La pente doit à peine dépasser les 5% mais j’ai l’impression de gravir des montagnes.


Le temps me paraît interminable. J’ai l’impression que mon GPS sonne toutes les minutes alors que de simples ¼ s’écoulent. « C’est pas vrai ! Je ne vais pas passer la prochaine barrière horaire à ce rythme ! »

… Je fini toutefois pas l’atteindre. Il est situé à proximité du refuge Cézanne.
Des bénévoles me suggère de me mouiller la tête. Je m’exécute sans dire un mot. Le litre d’eau qui vient de m’asperger le crâne est une bénédiction ! Je retrouve un peu de lucidité et l’usage de la parole pour discuter avec les admirables bénévoles qui auront été, cette année encore, fidèles au rendez-vous de la bonne humeur.

C’est avec un sursis de quelques heures ou de quelques minutes que je reprends la route… La caillasse, je devrais dire plutôt ! Je me demande combien de pierres sont passées sous mes semelles depuis ce matin… Des milliers ? Des millions ? En tout cas, à cet instant, je maudis le calcaire de Provence !

Je rejoins la Maison de la Sainte Victoire, l’endroit où, 9 heures plus tôt, le départ a été donné ! C’est déjà une première victoire que de boucler la boucle ! Mais mon bonheur est de courte durée en pensant aux 9 km restant…
Certes, ce n’est que 9 km, de surcroît en descente. Mais je garde le souvenir pénible de l’année précédente ou cette dernière portion a été un véritable enfer pour moi.

Un coureur me rejoint accompagné d’une bonne partie de son club, La Foulée de Gréasque. Les vannes fusent. Je m’accroche au groupe car la bonne humeur qu’il dégage me redonne de l’énergie. Je me surprends à courir à une allure proche de 5 min/km, qui est, pour moi,  une performance au regard de l’état que j’ai traversé !
Emporté par la foule (qui nous traine et nous entraîne), je les abandonne lâchement un peu plus loin en forçant l’allure… Après coup, j’ai eu un peu honte d’avoir profité de leur force collective sans un merci, un au-revoir ou un petit mot d’encouragement, … A croire qu’un nouveau mode vient d’être activé : celui du compétiteur sans scrupule !
 
Je rattrape un jeune, accompagné par son père venu le motiver sur les derniers kilomètres. Je me cale à son allure, décidé de rien lâcher sur les 2 ou 3 km qu’il reste.

Rousset est proche ! On traverse sous un pont de la RN7, le long d’un cours d’eau… Malgré les planches de fortune sensées nous faire traverser au sec, Je finis dans l’eau jusqu’au cheville…
Quelques centaines de mètres dans les bois et j’arrive à l’entrée du village.
Je dépasse encore un coureur à bout de force. Le jeune devant avec son père a décidé de ne pas se laissé doubler… Tant pis, ce n’est pas important.

La délivrance est toute proche, encore 200 mètres… Même pas !
J’aperçois Laurence, mon fils et ma fille qui hurlent pour m’encourager… Que c’est bon !!!
Je prends la main de mes enfants et je passe la ligne d’arrivée avec eux. Quel bonheur !!!
C’est plus beau que dans les films américains ! Quoi de plus beau que de voir ses enfants fiers de leur père ? L’émotion me submerge.

Il me faudra quand même une bonne demi-heure pour retrouver un peu de lucidité. Le chrono de mon GPS indique 61,21 km parcourus (l’organisation nous aurait menti ?).
Mon temps est de 10 heures 23 minutes et 56 secondes.
Bonne nouvelle : Je suis proche de mon objectif qui était fixé à 10 h. Mon classement me satisfait également. Je suis dans le premier tiers du classement : Belle perf quand on voit le beau monde qui était présent aujourd’hui !

Trail Sainte Victoire

59
km
Nom
Place
Temps
Vitesse moy
Fred Prost
134
10:23:56
5,7 Km/h