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jeudi 5 décembre 2013

Triathlon Alpe d'Huez - Juillet 2013

Par Arnaud Bernier, notre triathlète rennais


Comme vous le savez sans doute, mon histoire dans ce sport qu’est le triathlon est relativement récente. Et parmi les 3 sports qui composent cette discipline, le vélo est de loin la partie où je me sens le moins à l’aise (comment on appelle ça déjà ? Ah oui, un euphémisme : sportif et avec du vocabulaire).
Alors du coup, Jean-Marc m’a convaincu de choisir comme objectif de la saison sans doute une des épreuves les plus balaises... en vélo. C’est d’une logique déroutante.

Autant vous dire que 4 jours avant le départ, une fois à Bourg d’Oisans, je ne fais pas le fier.
Nous y retrouvons Michel, un copain de Jean Marc. Il a l’air en forme, confiant… Je commence franchement à baliser.

Sur le chemin de l’Alpe d’Huez...
Côté préparation, j’avais décidé de faire plus léger que l’année dernière. Pas en poids de forme, mais en volume d’entraînement.
La motivation a été difficile à retrouver aux mois de février et mars, et réussir à se remobiliser pour repartir sur des semaines de plus de 10 h d’entraînement a été compliqué.
Même le vélo couinait et ne voulait pas sortir, c’est dire.

Les sensations en vélo (là, je parle d’un truc que je connais peu, «les sensations à vélo», vu le rapport que j’entretiens avec cette machine. Mais je trouve que ça fait classe, d’avoir des «sensations à vélo») sont loin d’être terribles. Avril, mai... Jean-Marc, depuis qu’il a troqué son vélo en granit breton pour un vélo carbone, me colle mine sur mine à chaque sortie. Au fond de moi, je commence à douter.
L’heure de la reprise de la compétition a sonné. Ce sera un demi IronMan (1,9 km / 90 km / 21 km) à Saint Aubin du Cormier (presque aussi légendaire et mythique que l’Alpe d’Huez... y’a juste un peu moins de virages, et de hollandais au bord de la route).
Bilan pas top, je ne me sens pas bien.

Ça va se jouer lors de notre week-end «Sport & Moutons» cette préparation.
Le concept, c’est direction les Pyrénées en couples : Jean Marc & son Bianchi, mon Ceepo & moi. Au menu de ces 2 jours, du sport, surtout (finalement, pas le temps pour aller faire la causette aux moutons).
Départ de Noyal le vendredi soir, nuit à Pau, puis journée de samedi passée à grimper le Tourmalet, enchaîné avec la montée à Luz Ardiden. 1h de course à pieds en altitude ensuite, pour se préparer à la dernière partie de notre triathlon de l’Alpe d’Huez. Le lendemain, direction le Col de Marie Blanque pour le grimper des 2 côtés. Ca y est, la confiance est là : les cols sont passés, sur des pourcentages proches de ce qu’on rencontrera au pied de l’Alpe. Et on a réussi à enchaîner avec la course à pieds.
Dernière ligne droite dans la préparation, un second triathlon de préparation à Saint Suliac plus tard, et nous y voilà.

Côté Objectif
Les prétentions tiennent en un mot : finir.
En tentant de prendre plaisir, en jouant à être Bernard Hinault au pied de l’Alpe d’Huez («virage 10, je leur fous une de ces mines, aux belges, vont rien comprendre»).

Soyons honnête, on a beau être des amateurs du beau jeu, il n’empêche, on a un dossard, et le chrono tourne. Alors qui dit chrono, dit objectif de temps.
Après une bonne quinzaine de réunions sur le sujet avec les copains, des heures d’études statistiques et autres retours d’expériences divers et variés, ça donne ça :
ü    natation (2,2 km) : 45 minutes.
ü    vélo (115 km) : 5h30, en essayant d’arriver au pied de l’Alpe d’Huez au bout de 4h00 de vélo
ü    course à pieds (22 km) : 2h00
Ce qui devrait me permettre de figurer dans la première moitié de classement. Allez, tope là.
Va pas falloir se louper.

Natation
A notre arrivée, difficile de ne pas être subjugués, malgré la tension : paysage sublime, le cadre est incroyable. Cette première épreuve se déroulera dans le lac du Verney, d’habitude interdit à la baignade. C’est tout simplement magnifique.

Dans tous les sens du terme, notre âme de poète contemplatif va être sérieusement refroidie. Nos gentils organisateurs nous annoncent la belle et grande nouvelle de la matinée : nous nagerons dans une eau à 14,2°.
Pas le choix, il faut y aller. Et le plus tôt possible. Pour s’habituer, évacuer vite cette angoisse qui monte, et se positionner. Même les bonnets de bain roses dont nous sommes tous affublés nous semblent secondaires : c’est sûr, on est dans la course.

Dernière accolade avec les copains, on se souhaite bonne course, et en route.

Petite idée du départ…




Un coup de corne de brume. Il est 9h30. C’est parti pour une longue journée de sport ! Enfin la moins longue possible.


Un coup de corne de brume. Il est 9h30. C’est parti pour une longue journée de sport ! Enfin la moins longue possible.
2 boucles à faire dans des eaux cristallines. La sensation de nager au milieu d’une carte postale. Une respiration à droite, l’hélico nous survole au raz de l’eau. C’est vraiment incroyable.

Rapide retour à la réalité à la première bouée : une baston dantesque. Il en sera de même à chaque virage. 900 au départ, forcément, ça fait du monde. Un coup d’œil au chrono à la fin de la première boucle : un peu moins de 20 minutes, ça tient la route.

Je laisse aller la seconde boucle : opération plaisir, profitons du cadre, de la chance d’être là. On vit des moments magiques avec ce sport, et là, c’en est un vrai. Magnifique.

Sortie de l’eau en 39’ : la tête tourne un peu. Sophie & les enfants sont là, ça me fait du bien de les voir.


Vélo : LE morceau.
Et quand je dis LE morceau, les quelques heures passées à batailler contre ces routes qui ne cèdent rien me montreront que je suis sans doute en dessous de la vérité.

Histoire de tenter de vous faire partager ce qui nous attend, mes 899 partenaires de promenade et moi, prenons quelques instants pour détailler le parcours.

Ça donne ça, côté grimpette. Avec une légende somme toute assez simple à comprendre : plus la couleur est foncée, plus ça monte.




3 cols ; 115 kms ; plus de 3400m de dénivelé.


Au menu, col de la Morte (15,3 km à 6,5% de moyenne), col d’Ornon (14,5 km à 3,9% de moyenne), et après 100 km, LA montée mythique, l’Alpe d’Huez.
Quelque chose comme 1000m de dénivelé de plus que lors de l’IronMan de Nice l’année dernière en... 65 km de moins. L’équation s’annonce tendue.
Amis néophytes en aventures cyclistes, je vais tenter de vous donner une idée de ce que représente cette montée vers l’Alpe d’Huez.

L’Alpe d’Huez : le mythe du cyclisme.



14 km d'ascension, 8,1 % de pente en moyenne tout au long de la grimpette.
21 virages, portant chacun le nom d’un des grands champions qui s’est illustré sur ses pentes légendaires. Les 2,5 premiers km à plus de 10%, des passages à 13%, dans la fournaise de la vallée, en plein soleil. Aucun répit.
L’histoire du Tour de France fait que le porteur du maillot jaune au soir de l’étape de l’Alpe d’Huez remportera très souvent la victoire à Paris : Jean Robic et Fausto Coppi à l’attaque en 1952, Bernard Hinault contre Greg Lemond.
Un jour de Tour de France, c’est 1 Million de personnes regroupées sur ces 14 km !

L’Alpe d’Huez, c’est un gigantesque stade de vélo.

Revenons-en à la course : je sors du parc à vélo en 44 minutes. Nickel.
Les 25 premiers kilomètres sont en faux plat descendant : le but du jeu est de commencer tout doux. La journée sera longue, inutile de se cramer sur cette portion.
Les missiles britanniques succèdent aux avions belges : c’est sympa ces drapeaux sur les dossards. Je suis à 37 km/h de moyenne en arrivant à Séchilienne, tout va bien : 40 minutes, pile dans le timing. C’est parti pour la première grimpette. Un maître mot : tranquille.

Les jambes sont bonnes, cette partie est agréable, quasiment tout à l’ombre. Je bois, je mange, non-stop, ou presque. Je suis parti chargé comme une mule, mais au moins, les ravitaillements que j’emporte, je suis certain de les supporter. Les lacets s’enchaînent, on discute avec quelques athlètes à l’occasion. En essayant de lever la tête : le terrain de jeu qui s’offre à nous est magnifique, on en prend plein les yeux.


Arrivé au sommet du Col de la Morte : 1h02 d’ascension, tout va bien. Quelques (trop peu) kilomètres de descente, et la traversée de la vallée jusqu’au pied du col d’Ornon sera une succession de passage en faux plat, des petites ascensions casse pattes à souhait, et le tout avec vent de face. Grrrr.
Et moi qui pensais que la partie à la cool, c’était là. Raté. Je viens de m’en souvenir, d’un coup : il n’y a pas de partie à la cool sur ce parcours.
Valbonnais au km 68 : le ravitaillement salé du parcours. Je visais 2h40 là-bas, j’y suis.
A la minute près. Pour fêter ça (non parce que croyez-moi, ça se fête), je déguste la meilleure tranche de jambon blanc industriel mi viande mi flotte du monde. Un régal.


C’est parti pour le Col d’Ornon. Longue ascension sans trop de pourcentage au début, mais une succession de longues lignes droites en plein soleil. Usant. Pas difficile, en soi, mais usant.
Je reste concentré sur ma course. Mon alimentation, et mon chrono, c’est tout. Je tente de garder le rythme, de ne pas trop forcer sur les jambes. Je commence sérieusement à appréhender la dernière grimpette...

Arrivée au sommet. Enfin. 86 bornes de fait, il en reste 30 (bon, c’est la façon positive de voir les choses). 3h45 au sommet, je reste dans les temps : 15 minutes pour faire les 15 km de descente, va falloir trajecter à mort. C’est parti. 

La descente est annoncée technique. Effectivement, elle l’est. Mais pas que : elle aussi splendide. Les voitures me laissent les doubler (sympa), je reviens sur 3 concurrents, l’éclate. 





Arrivé dans la vallée, et un ravitaillement plus tard, nous y voilà : kilomètre zéro de l’Alpe d’Huez. 

Les jambes ne font pas trop mal, j’attaque la montée disons serein. Un coup d’œil sur le chrono, 4h06 en bas : y’a plus qu’à. Les premières rampes sont un enfer : plus de 10%, des passages à 13%, il fait chaud. Je suis collé, complètement. J’essaie d’alterner, régulièrement, position assise & danseuse.


Virage 21, virage 20, virage 19... 
Ça continue à être dur : encore 2 virages avant le ravitaillement qui signe la fin de la partie la plus raide de la montée... 
…Virage 18, virage 17… C’est un combat. Mais je m’y attendais, je savais que ce serait ça.
…Virage 16... C’est passé, ouf.
Je ne sais pas pourquoi je m’étais figuré qu’après ces 2 premiers kilomètres, tout serait plus simple. Je ne sais pas pourquoi... Parce que dans les faits, ce n’est pas le cas. Et c’est la plus grosse erreur que j’ai commise. Il doit faire 35 degrés : des athlètes perclus de crampe qui s’arrêtent en grimaçant. 

Nous y voilà : l’heure du long monologue a sonné.
«Allez Nono, tiens bon. Sophie et les enfants ont prévu de monter à l’Alpe d’Huez pendant que tu es dedans, il faut qu’ils te voient sur ton vélo»
…Virage 12, virage 11…
«Je n’y arriverai pas. Pas prêt. Trop dure cette partie vélo.»
«Je vais m’arrêter là. J’avance plus. Sophie remontera jusqu’à l’arrivée, j’attendrai les copains»

…Virage 10, virage 9…
« Nan mais attends, tu fais quoi là. Tu vas pas lâcher. Sophie, les enfants, ils sont là, profite. Si y’en a un que tu vas finir avec eux, pour eux, c’est celui-là.».
Je repense aux messages des copains, à leurs encouragements : pas le droit de lâcher, pas une option possible.
«Allez, force toi à manger, même si t’as pas envie. Force toi. Pense juste à tourner les jambes, oublie que t’as mal : tout le monde a mal»

Il reste 5 km, faut tenir, faut tenir. C’est infernal cette montée, aucun répit jamais.
Si j’arrête de pédaler, je tombe. Si je tombe, je ne repars pas.
…Virage 8….
«Allez, un dernier ravitaillement. Prends les mètres un par un. Et tu vas rien lâcher, rien».

…Virage 7…
Le virage des Hollandais. Enorme surprise : Sophie & les enfants ont fait un putsch, c’est eux qui distribuent les bouteilles d’eau, et arrosent les athlètes.
C’est tellement bon de les voir.
Sur le moment, j’arrive juste à articuler un pénible «C’est l’enfer». 





Les conditions actuelles font que j’ai un peu de mal à partager mon enthousiasme, mais la force qu’ils me donnent, là, va me permettre de finir. C’est sûr.

Ca y est, la station de l’Alpe d’Huez est en vue : ça devrait passer.

Je ne lâcherai pas. L’envie revient (et avec elle le sourire pour la photo). Je ne sens plus mes jambes, mais je me force à profiter : je monte l’Alpe d’Huez, avec un dossard et un monde fou à l’entrée de la station pour nous encourager.

Nous y voilà : les barrières, et au bout, le parc à vélos.
5h35 de vélo, 1h25 pour monter l’Alpe d’Huez (je le referai la semaine suivante en 1h07, avec beaucoup plus de plaisir ! Et heureux de ne pas être resté sur cette impression)

Je pose le vélo : même si je dois ramper pendant 20 bornes, je vais le terminer, ce triathlon.
J’en suis sûr.

« Le vélo est une leçon permanente d’humilité » (Louison Bobet)


Course à pieds
Je prends quelques minutes pour enfiler les runnings, mettre la casquette, et c’est parti. J’arrive à courir. Sans bobo, sans crampe : jusqu’ici, tout va bien.
Le parcours à pieds, c’est 3 boucles d’un peu plus de 7 km dans la station de l’Alpe d’Huez.
Avec, histoire d’agrémenter un peu la ballade :
  • l’altitude à appréhender (d’ici 1 heure, je me rendrai compte que courir à plus de 1800m d’altitude, c’est loin d’être anodin)
  • de la montée (vous me direz, c’est un peu le thème de la journée. Alors autant continuer) : la moitié de la boucle qui monte, l’autre moitié qui descend. C’est à peu près aussi simple que ça. Dans les cailloux, les chemins de la station, et sous le soleil.

Je suis parti dans l’idée de faire 2 heures, ce qui nous donne 40 minutes par boucle. Va pas falloir traîner à chercher les marmottes : le chrono va se jouer là.




Première boucle en 36 minutes (un peu plus de 12 km/h de moyenne). J’y suis.

Ça fait mal, les genoux ne montent plus, je suis au bord de la nausée, je n’arrive même plus à boire, mais j’y suis.
Deuxième boucle après 1h12, je tiens le rythme… Jamais souffert comme ça.
Allez, une tape dans les mains du fan club, et c’est parti : plus qu’une boucle.

Première montée de la dernière boucle, BING : asphyxié. Mélangez un soupçon d’asthme à l’effort, une course à pieds à plus de 1800m d’altitude, un système digestif rempli de flotte, et ça donne ça. Pas le choix, on active le mode survie : j’alterne course et marche. Enfin j’alterne marche, marche, marche, et un peu de course.



Un coup d’œil sur la montre : « Les 8h15 sont jouables, serre les dents Nono, ça va le faire »
Dernier passage par le parc, dernier virage, dernière montée… J’y suis.
Les enfants me font la surprise de me rejoindre à l’entrée du couloir d’arrivée : Victor part à bloc, je lui souffle que j’en peux plus, qu’il va trop vite pour moi.
Il me reste 100m.


On lève tous les quatre les bras : 8h13’39’’.
288ème au scratch, 55ème Vétéran. C’est passé, je l’ai fait.


Course magnifique, la plus belle et la plus exigeante à laquelle j’ai eu l’occasion de participer.
Incroyablement dense, sans un instant de répit. 8h13 d’effort permanent.
Je termine vidé, tout donné.

Outre ces paysages incroyables, cette journée de folie, il me restera ces 100m.
Les derniers, les plus beaux.
Courus avec les enfants : merci d’avoir été là, pour vos encouragements, vos sourires, votre enthousiasme.
Le sport, c’est de l’émotion brute, des sentiments incroyables. A vivre, mais surtout à partager.
Et quand on peut le partager avec ceux qu’on aime, c’est du bonheur.

Sophie, Juliette, Victor, Emilien : merci à tous les quatre. C’est grâce à vous que je l’ai fini, celui là.



En médaillon, un petit souvenir du triathlon des enfants, déroulé la veille de la course des grands




samedi 4 décembre 2010

La Saintélyon par Arnaud BERNIER

Samedi 04 décembre, 14h14, gare de Rennes. Départ pour Saint Etienne, où nous attend la SaintéLyon. Un des monuments du trail en France.

Au menu de notre nuit à venir : un départ à 0h00, pour un trail de 68 kms, entre Saint Etienne et Lyon. 1300m de dénivelé positif, 1700m de dénivelé négatif.
Moitié du parcours sur chemins, l’autre moitié sur route. De quoi s’occuper !
Nous partons à 4 (Yann, Sam, Jean Marc et moi). L’idée de s’inscrire nous est venue (grâce à Yann) l’été dernier. Avec l’envie de partager une aventure ensemble, et de s’aligner sur une course réputée, « à faire une fois dans sa vie », comme ils disent, dans les revues. Sam et Yann ont l’habitude de ces efforts au long cours. Pour Jean Marc et moi, c’est le saut dans l’inconnu. Le vrai.
Le voyage jusqu’à Lyon se passe bien. L’ambiance est bonne, comme d’habitude, plutôt à la rigolade, même si les premières questions liées à la météo qui nous attend cette nuit commencent à poindre : nous savons depuis cette semaine que nous aurons jusqu’à 40 cms de neige par endroit, mais la grosse interrogation porte sur les températures attendues...
Entre -3°C et… -17°C selon les sites. De quoi ne pas faire les fiers...

Arrivée à Lyon, embarquement pour le train vers Saint Etienne : le TGV est bourré de coureurs, et les discussions entre nous commencent à se faire plus rares... Quelques échanges sur les allures et les objectifs. Jean-Marc et moi partions pour 8h / 8h30 en temps normal : pour le coup, on se dit que l’objectif sera de finir. Sans trop d’encombres tant qu’à faire, et surtout sans se fixer de grandes prétentions chronométriques.
Saint Etienne : nous y voilà.
Brice et Loris nous attendent pour nous emmener jusqu’au Parc des Expos de Saint Etienne : de précieuses minutes de gagnées !

20h00 : nous démarrons l’attente pour les dossards. Un monde fou (en comptant toutes les épreuves, c’est 11 000 personnes qui sont attendues cette nuit, dont 5700 sur l’épreuve reine, le raid solo de 68 kms). Direction ensuite la pasta party, puis nous nous habillons.
Le froid est là, la pression monte d’un cran, vérifier, re-vérifier son équipement, ses ravitaillements, remplir ses bidons, aller quinze fois aux toilettes.
H-20 minutes, direction la ligne. Il fait froid, nuit... Et une broutille de promenade en plein air de pas loin de 70 bornes qui nous attend... «Non, mais franchement, qu’est ce que je fais là ?!?»
A 1 minute du départ, derniers encouragements entre nous. Cette édition 2010 de la SaintéLyon s’annonce comme exceptionnelle de par les conditions météo dantesques dans lesquelles elle va se courir : on a l’impression de vivre un truc à part.
Mélange d’appréhension, de soif d’en découdre, de fierté d’être là.

TOP DEPART



5 700 personnes qui franchissent la ligne en s’encourageant. Impressionnant.
Nous partons tous les 5 (les 4 bretons et Loris, l’ami stéphanois de Sam). Yann part plus vite que nous, sans surprise, et au bout d’un kilomètre nous restons à 4. La route commence à s’élever. Un panneau nous indique qu’il fait -8°. En ville… ça promet du plus froid sur les crêtes.
Loris et Sam restent un peu en retrait, Jean-Marc et moi continuons tous les deux.
Les premiers kilomètres de course me permettent d’enlever la petite boule au ventre qui me tient depuis 23h, et de retrouver des sensations de coureur à pieds. Je freine un peu Jean-Marc : pas plus de 11 km/h sur le plat, on ralentit l’allure quand ça monte. Il faut absolument en garder pour jusqu’à demain matin, la nuit s’annonce longue.
On décide de la faire tous les 2, cette SaintéLyon. Quoiqu’il arrive.

8ème kilomètre : les premiers chemins arrivent. Des passages avec de la poudreuse jusqu’aux genoux, où il est impossible de courir, qui s’enchaînent avec des descentes, techniques, mais plutôt agréables dans la neige. Une vue magnifique sur le serpentin lumineux des frontales qui s’étend sur les crêtes des collines que nous traversons. On prend le temps d’en profiter… Ca y est, on est bien, heureux d’être là !
Premier ravitaillement à St Christo au bout d‘1h40. Jean-Marc doit s’arrêter en express faire le plein en eau (côté bouffe, il a 2 bonnes semaines d’autonomie :-), mais il est un peu juste en liquide), et on se perd de vue bêtement dans la tente.
Ca nous fait perdre quelques minutes, on repart. Le froid est saisissant après un arrêt de rien du tout : c’est décidé, nos pauses aux ravitaillements cette nuit seront les plus courtes possibles.

Passage au point culminant au 22ème km. C’est bon pour le moral, on tient un 9 km/h de moyenne, et les jambes répondent bien. Les passages où la marche s’impose (trop de neige pour courir, inutile de se griller les cuisses pour tenter de gagner 30 secondes sur un passage complètement impraticable), et où la route est la bienvenue pour les relances, s’enchaînent.

Arrivée à Ste Catherine en un peu plus de 3h pour 27 kms. Tout va bien.
On va attaquer la portion qu’ont empruntés en début de nuit les quelques milliers de participants à la version courte de la SaintéLyon (la SaintExpress). On espère qu’ils auront dégagé un peu les chemins, et que nous aurons moins de neige... 
Arrêt éclair une nouvelle fois, on décide de rejoindre le ravitaillement suivant, à mi course, pour refaire le plein en eau. De mon côté, je suis parti avec 60 cl d’eau et 60 cl de boisson énergétique : il m’en reste, ça devrait tenir.

Au départ de Sainte Catherine, belle montée pour aller chercher la crête, et basculer sur St Genoux. Aux premiers passages sur les routes, on se rend compte que la principale difficulté a changé de nature : de poudreuse, le danger s’est transformé en verglas. 8000 pieds qui dament de la neige par -10°C, ça dégage la poudreuse, c’est sûr, mais ça fait surtout... une patinoire ! Les chemins en sous bois et les petites routes sont impraticables : 4 gamelles pour moi sur cette portion, dont un magnifique triple axel boucle piquée, avec plat sur le dos, en pleine descente. A faire pâlir d’envie Brian Joubert, au moins en note artistique !
On voit quelques concurrents pris en charge par les secours : il va falloir être lucide jusqu’au bout, à chaque pas. Hors de question de relâcher l’attention, ou ça peut être le retour à Lyon en bus...
La moyenne s’en ressent : 1h10 pour faire les 10 kms depuis Ste Catherine jusqu’à St Genoux (bien nommé ce patelin). Arrêt au ravitaillement : bidons, vérification que tout est toujours en place dans le sac à dos après les chutes, que je n’y ai pas laissé trop de côtes flottantes... C’est tout bon, ça repart.
Place à la descente, ou du moins au Super Géant, pour arriver 1 heure après au ravito de Soucieu. Passage du marathon en 4h50, sans fatigue. Sans connaître non plus ce qui se passe après le 42ème km. Il est maintenant, le saut dans l’inconnu...
Voilà maintenant 5h15 qu’on court. On repart de Soucieu : ni mal aux jambes, ni coup de mou. On continue à discuter, on est bien, heureux d’être là. Ca rigole, ça chambre, on commence à se dire que oui, on va la finir, cette SaintéLyon.
Sauf accident, on y sera, à l’arrivée !
Jean-Marc commence à me dire que les 8h sont atteignables... Je ne préfère pas m’emballer : il nous en reste encore 23, des bornes, et quelques belles bosses. On reste sur la même moyenne, qui a baissé un peu : on ralentit à chaque virage, chaque portion de chemin.
Trop peur de se gameller. 
La tactique de course, elle aussi, reste la même : je régule les parties roulantes («Pas plus de 11, on gère»), et Jean-Marc les montées (en marchant, en essayant de tenir les 6 km/h de moyenne : les côtes, ici, c’est un joyeux mélange de cailloux, de boues, de glace. On ne s’enflamme pas !).
Les dernières difficultés s’enchaînent, tout se passe bien. Le dernier ravitaillement est là.

Brice, le frère de Loris, nous y attend : ça fait du bien au moral, ça commence à sentir bon.
Encore 11 bornes, et on y sera !



Passage au ravitaillement un peu plus long que d’habitude (peut être pour profiter du moment : c’est le dernier !). Les 8 heures sont toujours dans la tête de Jean Marc (6h55 au passage du panneau des 10 kilomètres).
On ne va rien lâcher, c’est sûr. Pas maintenant... Passée la dernière ENOOORME bosse (1,5 km, avec un passage à 20%), et sa sœurette la descente (aïe, elle fait mal celle là…), c’est l’arrivée sur les quais de Saône.

Passage du panneau des 5 kms et, devant nos yeux, le programme des derniers kilomètres : une gigantesque ligne droite (pas loin de 3 kms), verglacée, avec un vent de face aux rafales à plus de 50 km/h sans doute. L’horreur. Pas d’équilibre, aucun appui, et du vent glacial dans le nez : il va falloir qu’on se fasse mal jusqu’au bout... 
Les 2 derniers kilomètres sont là. On finit au train, on profite. 500m, 200m, 100m, 50m : on rentre dans le palais des sports de Gerland, on y est, c’est fait. 8h01’38’’ au chrono. 630ème et 631ème place !

On franchit la ligne d’arrivée main dans la main, heureux.

C’est vraiment pour vivre ces instants qu’on aime ce sport.
Le retour à Rennes sera plutôt calme, franchement détendu. On profite, c’est que du bonheur.
Et la discussion avant d’arriver en Bretagne portera naturellement sur… la prochaine course à faire ensemble ! 

Enorme merci à Brice, Loris et Mylène de leur accueil tout au long de ce week-end : la logistique, les encouragements avant, pendant, après, le steak haché / spaghettis / petits gâteaux tout secs du dimanche : tout était parfait !
Merci à tous pour vos encouragements, et en particulier à ma supportrice du quotidien, qui me « supporte », dans tous les sens du terme, moi et mes idées de week-end un peu saugrenues.

Et merci à vous 3, Yann, Sam, Jean-Marc : pour le plaisir de faire du sport ensemble, pour les entraînements passés, pour les courses qu’on a déjà eu l’occasion de partager, et… pour toutes celles à venir !

Arnaud

Le tableau des finishers

Nom
Place
Temps
Vitesse moy
LEBEAU, Jérôme
452
07:44:00
8,8 Km/h
BERNIER, Arnaud
637
08:03:47
8,4 Km/h
DEVILLE, Damien
776
08:16:00
8,2 Km/h
BODIN, Gilles
893
08:25:00
8,1 Km/h
KAHN, Sebastien
1819
09:24:00
7,2 Km/h
MOLLARET, Brice
1892
09:29:00
7,2 Km/h